" Viajero ou L'innocence à la découverte du monde. "

" Viajero ou L'innocence à la découverte du monde. "
Découvrir consiste à voir comme tout le monde et à réfléchir comme personne.
Albert Szent Gyorgyi.



Cela fait près d'une semaine que je vogue toutes voiles dehors sur les mers de Brazza. Que je visite les terres qui composent le grand archipel à la recherche d'une aventure. Mon nom est Viajero, je suis marin et j'ai pu me payer mon propre bateau en accomplissant quêtes et missions pour les habitants des îles. Ou plutôt non, je suis entrain de rembourser le prêt qui m'a été accordé pour l'achat de mon voilier, il m'a coûté 5000 moedas et ma modeste maison que je vous invite à aller visiter au bord de Costa. Du moins, vous pourrez la visiter si seulement vous obtenez la permission des nouveaux propriétaires. J'ai tout abandonné pour mener cette vie de voyageur, ma famille, mon foyer et ma femme. En fait je n'ai jamais eu de femme ni de famille, si ce n'est mon plus fidèle compagnon, Brutus, un petit chien qui m'a été offert par mon voisin après que je l'aie débarrassé d'un serpent qui s'était installé dans son jardin. J'aime rendre service et c'est d'ailleurs en servant les Brazzéens que je rembourse ma dette. J'ai déjà gagné 350 moedas en réparant la cabane d'un vieillard, en faisant les courses d'un jeune couple, en coupant du bois pour un bûcheron devenu manchot et en conseillant le petit scientifique. Je sais, ce ne sont là que des broutilles et non de grandes aventures mais ce n'est que le début j'en suis sûr, une grande destinée me tend les bras...
D'ailleurs le dernier de mes clients en date, ce petit scientifique, semble renfermer un grand secret derrière ses petites lunettes rondes, ses yeux ambrés et sa barbe naissante. La question qu'il m'a posée lors de mon arrivée au port était tout à fait surprenante mais mon conseil a semblé lui plaire et il m'a engagé pour trois semaines. Cela fait seulement une journée que je suis à son service mais je me sens l'âme d'un aventurier, il m'a confié une mission « très pointue vu son importance pour l'humanité », c'est ainsi qu'il a dit... Je suis en route pour l'île voisine à la sienne, il m'a demandé de lui rapporter un mouton.
Oui, moi aussi je me demande bien pourquoi cela est si important mais ce n'est pas n'importe quel mouton, c'est un mouton gris aveugle. Le jeune chercheur en avait entendu parler lors de ses nombreuses recherches, ou plutôt il l'avait lu dans ses énormes livres qui garnissent ses murs et jonchent le sol de sa demeure.
En plus de me rémunérer pour mes services, il m'a promis de m'apprendre à lire, vous comprenez maintenant mon excitation !
Dans environ deux heures je serai arrivé à Ila do Carneiro, une île réputée pour sa laine et son vin chaud, c'est là que je compte trouver l'objet de ma nouvelle mission.
# Posté le dimanche 27 mai 2007 05:37
Modifié le samedi 02 juin 2007 08:41

Ila do Carneiro ...

Ila do Carneiro ...
La jeunesse est le temps d'étudier la sagesse, la vieillesse est le temps de la pratiquer.
Jean-Jacques Rousseau

Nous y voilà, l'île aux moutons, l'île des bergers et des montagnes vertes. Tout ici est vert, la végétation est restée reine de l'île et jamais les hommes qui l'ont investie n'ont osé y toucher tant elle était belle. Les habitations étaient toutes situées sous des arbres, le feuillage était si épais qu'il pouvait servir de toit et le tronc servait de pilier central. Tout autour les murs étaient composés de vieux troncs d'arbres morts qui avaient été vidés des insectes qui grouillaient en leur c½ur. Les autochtones de l'île vivent en harmonie avec les éléments des forêts et les animaux. Ils boivent le lait de leurs chèvres, en font du fromage et l'unique viande qu'ils mangent provient des insectes dont ils ont su apprendre les qualités et caractéristiques nutritives. L'odeur des feuilles, le vent du large et le chant des oiseaux sont un vrai délice pour tous les sens. Ce n'est pas la première fois que je viens ici, étant plus jeune déjà j'avais exploré les lieux avec mes défunts parents. Je connaissais d'ailleurs le vieux Sabio, c'est un vieil ami de mes parents, je me rendis donc directement à sa case afin de le saluer et lui demander quelques renseignements sur ce fameux mouton né sans un seul ½il.

La case du vieux Sabio était un peu différente des autres, elle était construite à l'aide de planches et de clous comme une habitation ordinaire, c'était interdit ici de construire sa demeure ainsi, cela risquait de fâcher la nature. Mais les matériaux de cette baraque lui avaient été offerts, selon la légende, par la forêt elle-même afin de le remercier d'un grand service qu'il lui aurait rendu et personne n'avait jamais rien trouvé à redire là-dessus. Une fois arrivé devant la porte je frappai trois grands coups sur les planches.
- « Qui vient déranger un vieux fou à une heure aussi matinale ? »
Il était environ 4 heures de l'après-midi, Sabio avait l'habitude de dormir la majeure partie du jour.
- « C'est moi, Viajero, cela fait longtemps ... Te souviens-tu de moi ? »
- « Bien sûr que je me souviens, je ne suis pas sage pour rien ! Entre donc mais ferme la porte il fait froid en cette saison. »
On était en plein été et il faisait passer les 30 degrés sur l'île, Sabio était de nature frileuse...
J'entrai donc en fermant soigneusement la porte, le vieux se tenait au milieu de l'unique pièce de la masure. Il n'y avait là qu'un lit, une chaise et une table. Il n'avait besoin de rien d'autre, l'océan était sa salle de bain, la nourriture lui était offerte par les voisins et la végétation. Et puis je ne suis même pas sûr qu'il se nourrisse ou ne se lave.
Le vieux avait encore vieilli, aussi longtemps que je me souvienne, il ne m'a jamais paru jeune. J'entrepris de m'asseoir sur l'unique chaise de la masure, lui était couché sur son lit les yeux au plafond.
- « Que me vaut ta pénible visite mon garçon ? Si tu as faim prends donc de ce fromage au centre de la table. »
- « Non merci vieux sage, je ne suis pas là pour longtemps ».
Le fromage était recouvert de poussière et dégageait une odeur acide, il ne devait pas dater de ce matin.
- « J'aurais besoin que tu me renseignes sur un mouton, un mouton assez spécial ... »
Le vieux était une vraie bibliothèque vivante, le mouton il le connaissait bien et il m'indiqua où le trouver...
# Posté le dimanche 27 mai 2007 16:58
Modifié le samedi 02 juin 2007 08:40

A travers la forêt ...

A travers la forêt ...
Il faut croire que les grandes forêts ont le don d'attirer les prodiges, comme les cimes élevées ont celui d'attirer la foudre.
Félix Bellamy

Les explications de Sabio étaient à l'image de son esprit... Floues. Il savait exactement où se trouvait le mouton mais ne semblait pas en mesure de s'exprimer clairement, sa tête un peu trop remplie par les souvenirs et le temps ne fonctionnaient plus comme auparavant. La seule personne capable de le comprendre était un âne. N'allez pas comprendre par là qu'il est idiot, je vous parle bel et bien de cet animal têtu que l'on mène à l'aide d'une carotte. Excepté que celui-ci avait les légumes en horreur et obéissait au doigt et à l'½il. Le vieux ayant compris que je ne comprenais rien a compris que son âne lui comprendrait et donc il lui indiqua le chemin dans un charabia que je ne pus comprendre. Compris ?
L'âne ne broncha pas durant les explications, il était assez costaud mais semblait tout aussi vieux que son maître. Il avait de longues oreilles constamment dressées lui donnant l'air de toujours être à l'écoute. Son museau gris rappelait la couleur de son pelage qui était gris également. Les deux fous me regardèrent alors m'invitant à monter la bête. Je m'exécutai ne sachant pas comment conduire l'animal. Le plus fou des deux me conseilla de m'accrocher et de toujours garder les yeux sur l'horizon, l'âne fera le reste. C'est ainsi que mon guide et moi partîmes au c½ur de la forêt.
Le vieux bourriquot demeurait infatigable, pas une fois il ne s'arrêta pour s'abreuver. Les troncs se faisaient de plus en plus sombres et les rayons du soleil ne parvinrent bientôt plus à traverser l'épaisse masse de branches et de feuilles qui obstruaient le ciel. L'obscurité ne me rassurait guère, les bois étaient silencieux ce qui me semblait bizarre, moi qui pensais que les créatures grouillaient en son sein. Par endroits des arbres étaient renversés sur leur flanc, complètement déracinés, comme s'ils avaient été arrachés par une force titanesque. Cette végétation avait quelque chose d'envoûtant, elle était à la fois attirante et effrayante. Je ne m'expliquais pas ces frissons qui me parcouraient de part en part. L'âne s'arrêta alors soudainement, je compris que j'étais arrivé à destination. Le c½ur serré, paralysé par la crainte je descendis de ma monture et m'avançai vers ce qui ressemblait à une clairière. Le soleil était à nouveau maître derrière les feuillages, j'écartai les branches et ce que je vis alors, peu d'hommes ont la chance de l'avoir vu...
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# Posté le dimanche 27 mai 2007 17:58
Modifié le samedi 02 juin 2007 08:43

Forêt de Carneiro : la clairière.

Forêt de Carneiro : la clairière.
Aider le blessé et le faible, c'est ce qui différencie l'homme de l'animal.
Hugo Pratt


Ma mission s'avéra plus compliquée qu'à l'écoute de l'énoncé, certains paramètres m'avaient sûrement échappés... Le mouton gris était bien là, il était bien aveugle mais ne présentait pas vraiment la physionomie de ce que représente réellement un mouton à mes yeux. Celui-ci était ... Enorme ! Il mesurait la taille d'un homme et devait au moins peser le double de son poids. Ce chevreau là ressemblait plutôt à une vache laineuse. La clairière était un vaste terrain boisé il y a encore quelques temps. Les arbres renversés que j'avais pu observer tout à l'heure avaient dû se trouver sur le chemin de l'énorme monstre qui se fracassait le crâne aux quatre coins de la prairie, l'agrandissant toujours un peu plus. Les troncs jonchant l'herbe verte de la plaine lui servaient alors de garde manger. Il les rongeait ardemment ne laissant que les racines qui ne lui convenaient guère. Sa cécité était très certainement à l'origine de ce désastre. Je ne pus me résoudre à tenter de le capturer, l'aventure semblait belle mais bien trop périlleuse pour moi.
Je constatai, au bout du déracinement d'une dizaine d'arbres, que la nature se défendait contre cette furie dévastatrice. Certains arbres se sacrifiaient se laissant tomber sur la bête de plus en plus furieuse. C'était une chaîne sans fin, la bête ne mangeait pas mais se vengeait de ces attaques kamikazes tandis que la forêt, elle, agressait l'agresseur se vengeant des coups portés, sans le vouloir, par ce dernier. Il était de mon devoir de stopper cette bataille interminable. Je saisis la corde qui était accrochée au cou de l'âne et entrepris de la passer autour du cou du mouton gris.
Lorsqu'il s'immobilisa pour reprendre son souffle, je courus vers lui et brandis mon lasso. Ma discrétion ne fut pas totale, je m'en rendis bien compte en voyant défiler la cime des arbres sous mes yeux, léger comme un fétu de paille et transperçant l'air. Je m'écrasai lourdement à quelques pas de là. Mon crâne et mon dos souffraient mais pas plus que moi... Une fois remis de mes émotions, je constatai un silence pour le moins étrange tout autour. J'ouvris les yeux et vit le mouton, immobile, face à moi, reniflant l'air à grands coups de narines.
- « SnUrf... SNurf... Odeur de chair, présence humaine ! Décline-toi ! »
Un mouton gris aveugle et qui parle, pourquoi pas après tout c'est ça l'aventure.
- « Je suis Viajero, je suis là pour te capturer et t'emmener loin d'ici ... »
On m'a toujours dit d'être poli et la franchise est une de mes grandes qualités, ou un de mes gros défauts si on y regarde à deux fois...
- « M'emmener ? Et où ça ? Je n'ai point de berger, prétends-tu le devenir ? »
- « Ma foi, je suis marin et ne sais m'y prendre avec les bêtes, je n'ai qu'un chien qui attend mon retour sur mon navire. Je suis ici pour t'emmener chez un petit scientifique... »
- « Je n'ai pas besoin de science, mais d'yeux pour me permettre d'avancer sans crainte... En quoi peux-tu m'aider ? »
- « Je ne suis pas berger, je te l'ai dit. Mon scientifique non plus hélas, mais il est un grand connaisseur et pourra répondre à tes questions, tu as causé pas mal de tort ici, fais au mieux et je te promets mon aide. »
J'appris alors qu'un mouton doué de parole était un mouton doué de raison, beaucoup d'hommes n'ont pas ce privilège. L'âne me guida et je guidai Schaf, il avait un nom en plus, et nous parvînmes à la case de Sabio. Le vieux dormait je jugeai donc bon de me rendre directement sur mon voilier. Brutus s'accoutuma rapidement à la présence du colosse que j'embarquai et nous traversâmes les mers pour la seconde fois ce jour-là.
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# Posté le lundi 28 mai 2007 16:50
Modifié le samedi 02 juin 2007 08:47

Sur mer, entre deux terres ...

Sur mer, entre deux terres ...
Abîmes, abîmes, abîmes. C'est là le monde.
Victor Hugo

C'était maintenant sous un ciel étoilé que moi, Brutus et Schaf voguions portés par l'écume des vagues vers Conomiciento. C'est là que demeure mon ami et employeur, le petit scientifique. Si j'aime la navigation c'est avant tout pour ce genre de moments, seuls à glisser sur le bleu de l'océan, le monde nous appartient. Le vent porte toute son attention sur nous, nous pousse vers le large et nous guide selon son bon vouloir. Lorsqu'on part en mer, on s'en remet à la destinée, on n'est plus maître de rien : si l'on doit mourir plus rien ne pourra nous sauver, en pleine mer l'homme n'est rien, ce sont les flots qui décident de son devenir. Puissions-nous n'avoir jamais offensé les dieux.
Ce n'est pas que je sois croyant mais tout de même... Tout cela me dépasse, toutes ces coïncidences qui ont fait de la vie ce qu'elle est et de la mort ce qu'elle n'est plus, tous ces accords qui font de la terre la s½ur de la mer. Ce soleil qui se lève et annonce le jour, par qui est-il donc hissé, qui donc a bien pu le placer là ? Comment le petit scientifique peut-il être si sûr de lui lorsqu'il affirme que tout a une raison d'être uniquement parce que le hasard l'a voulu ainsi... Selon moi le monde est trop bien fait que pour avoir été fabriqué par un seul homme, mais il est aussi bien trop complexe pour que seule la science ait pu la mettre au point. La nature, elle seule, pouvait rassembler tous les ingrédients de la vie et de la construction du monde, mais par quelle magie aurait-elle pu créer le cosmos, les planètes, la Terre, les animaux et les hommes. Qui lui a donc dicté la recette de tout cela, qui peut bien détenir la clé du savoir universel ? Cette question je me la suis toujours posée et je ne pense pas qu'un jour je pourrais y apporter une réponse, cela me chagrine mais cela me rassure aussi... Qui sait ce qu'un homme pourrait faire en détenant un tel secret.
Chaque fois que je regarde l'horizon, je m'imagine à l'autre bout de la Terre, là où les hommes marchent sur la tête. Un jour, je traverserai le monde dans son entièreté et je rapporterai mille choses à Costa et on ouvrira un musée portant mon nom où l'on entreposera toutes mes découvertes. Je serai un explorateur connu de tous.
Brutus et Schaf n'aiment pas philosopher face au large, ils préfèrent dormir et laisser les étoiles à la nuit. Moi je passe mon temps à observer la lune, c'est elle qui décide de mon sommeil, je la fixe je l'observe, elle me sourit et je sombre...
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# Posté le mardi 29 mai 2007 17:29
Modifié le samedi 02 juin 2007 08:51